Nous, les femmes, nous sentons-nous libres et en sécurité lorsque nous utilisons les espaces urbains ?

femme photoDans notre dernier projet “Les Invisibles”, nous avons parlé du fait que le travail de soins, qui repose principalement sur les épaules des femmes, n’est pas visible et reste caché aux yeux de la société. Tout reste à la maison et le travail d’aide aux autres n’est pas valorisé.

L’une des actions qui pourraient contribuer à améliorer cette situation, en rendant visible la réalité que vivent les femmes, consiste à repenser les espaces urbains dans une perspective de genre et à nous demander en premier lieu si les espaces de la ville répondent aux besoins que nous, les femmes, avons. Nous aident-ils à partager les tâches avec d’autres personnes ? Facilitent-ils la circulation ? Nous invitent-ils à nous socialiser ? Nous sentons-nous libres lorsque nous utilisons les espaces urbains ?

Quelles solutions pouvons-nous proposer ?

En ce sens, un autre des aspects qui nous préoccupent le plus, nous les femmes, est la question de la sécurité, car nous ne nous sentons pas libres lorsque nous nous promenons dans la ville à certaines heures, lorsque nous marchons dans des rues isolées ou lorsque nous faisons du sport dans des zones où il n’y a pas tant de mouvement. Pouvons-nous changer cette situation ?

Pour en parler aujourd’hui, nous avons Sara Ortiz Escalante, sociologue et urbaniste du collectif Punt 6, une coopérative d’architectes, de sociologues et d’urganistes dont l’objectif est de repenser les différents espaces à partir de nouveaux paradigmes afin de rompre avec les discriminations et les hiérarchies et de pouvoir réaliser une transformation sociale.

Pourquoi est-il important de repenser les espaces urbains dans une perspective de genre ? Comment tout cela affecte-t-il l’inégalité entre les sexes ?

Actuellement, dans l’espace européen, nous comprenons les villes comme des espaces où le travail de production et de consommation est prioritaire et où le reste des activités que nous réalisons dans notre vie quotidienne, comme le travail de reproduction, a été rendu invisible. Les espaces publics ne sont pas conçus pour nous permettre de nous asseoir et de parler, de socialiser, de nous reposer ou même d’utiliser les toilettes publiques.

Par conséquent, repenser les espaces urbains dans une perspective de genre implique de mettre la vie des gens au centre, et pour ce faire, nous ne devons pas nous intéresser uniquement à la production et à la consommation, mais nous devons nous concentrer sur la vie et les soins des personnes. Cela signifie qu’il faut être attentif à la façon dont ils sont et à ce dont nous avons besoin dans les espaces de soins, en rendant visible l’importance du travail qui est caché dans la maison.

Selon notre étude Concilia13F 8 femmes sur 10 ne peuvent pas concilier leur vie familiale, personnelle et professionnelle. Pourrait-on inverser ce chiffre en repensant les espaces urbains ? Comment ?

Comme je le disais, repenser les espaces urbains signifie changer les priorités et mettre la vie familiale et les soins au centre.

Pour nous, construire des espaces dans une perspective de genre ne signifie pas fournir plus de services pour que les femmes puissent mieux accomplir leur première, deuxième et triple journée de travail, mais plutôt créer des espaces qui rendent visibles les tâches domestiques et familiales et qui rendent le reste de la société co-responsable. Pour nous, l’objectif est de rompre avec la croyance selon laquelle les soins et le travail domestique sont une activité gratuite pour les femmes et de parier sur le fait qu’ils soient compris comme une responsabilité collective et publique, où l’on peut partager les soins avec le réseau de voisins.

Nous travaillons dans le cadre d’un projet de réseau communautaire de soins dans des environnements de logement afin que ce type d’activités, comme les tâches domestiques et les soins, soit partagé avec le réseau de voisins, en parvenant à briser les stéréotypes et les rôles de genre et que non seulement les femmes soient appelées à s’occuper des soins, mais que les hommes soient coresponsables.

En ce sens, nous disons toujours que cela ne profite pas seulement aux femmes, mais à tout le monde.